Le 10/03/2026 - Comprendre les raies et requins

500 espèces de requins, 650 espèces de raies : de qui parle-t-on vraiment ?

Quand on parle de raies et de requins, on pense souvent à quelques espèces emblématiques : le grand requin blanc, la raie manta ou, à l’inverse, à une simple “saumonette” ou une “aile de raie” sur un étal de poissonnerie. Pourtant, ces images ne représentent qu’une infime partie d’une famille extrêmement diverse, qui compte aujourd’hui plus de 500 espèces de requins et environ 650 espèces de raies dans le monde.

Cette diversité n’est pas qu’un détail scientifique : elle conditionne directement la vulnérabilité des espèces, leur rôle dans les écosystèmes et les choix de gestion à opérer. Comprendre de quelles espèces on parle est donc un préalable indispensable à toute discussion sur leur protection ou leur exploitation.


Des espèces de pleine mer et des espèces de fond

Une première grande distinction oppose les espèces pélagiques, qui vivent en pleine eau, aux espèces benthiques, étroitement liées aux fonds marins.

Les requins pélagiques, comme le requin pèlerin (Cetorhinus maximus), le requin peau bleue (Prionace glauca) ou le requin renard (Alopias vulpinus), parcourent parfois des milliers de kilomètres. Le requin pèlerin, deuxième plus grand poisson du monde, peut atteindre 7 à 10 mètres et met jusqu’à 30 ans avant d’atteindre sa maturité sexuelle. Sa reproduction est extrêmement lente : 1 à 2 petits seulement, après une gestation estimée à plus de 3 ans. Ce type de stratégie biologique rend ces espèces très sensibles à toute pression de pêche.

À l’inverse, en Manche, les espèces présentes sont majoritairement côtières et benthiques, vivant sur ou près des fonds sableux et vaseux. C’est le cas de la petite roussette (Scyliorhinus canicula), qui mesure généralement 50 à 70 cm, atteint sa maturité sexuelle vers 5 à 6 ans et pond régulièrement des œufs. Sa durée de vie, d’une dizaine d’années, et sa reproduction plus fréquente expliquent pourquoi cette espèce peut supporter une exploitation encadrée, fondée sur des tailles minimales et un suivi scientifique rigoureux.


Début ou fin de chaîne alimentaire : un enjeu clé

Toutes les raies et tous les requins ne jouent pas le même rôle dans les écosystèmes marins. Certaines espèces se situent en fin de chaîne alimentaire, comme le grand requin blanc, prédateur supérieur qui régule les populations de nombreuses autres espèces. D’autres, comme le requin pèlerin ou la raie manta, se nourrissent principalement de plancton, occupant une place très différente dans l’écosystème.

En Manche, les espèces pêchées se situent majoritairement au milieu ou au début de la chaîne alimentaire. La raie bouclée (Raja clavata), par exemple, se nourrit de petits crustacés, coquillages et vers. Elle atteint sa maturité sexuelle vers 8 à 10 ans et vit en moyenne 8 à 15 ans. Cette biologie intermédiaire explique pourquoi elle fait aujourd’hui l’objet d’une pêche encadrée, avec des tailles minimales, des quotas et un suivi scientifique renforcé.

À l’opposé, certaines grandes raies de fond, comme la raie blanche (Rostroraja alba), peuvent dépasser 2 mètres, n’atteindre leur maturité sexuelle qu’à plus de 20 ans, et vivre plus de 25 ans. Ces caractéristiques expliquent leur classement en danger critique par l’UICN et l’interdiction totale de leur pêche dans les eaux européennes.


Reproduction : des stratégies très contrastées

Les modes de reproduction illustrent également ces écarts. Certaines espèces, comme la raie pastenague, donnent naissance à 4 à 9 petits seulement après plusieurs mois de gestation. D’autres, comme le requin pèlerin, produisent extrêmement peu de descendants sur toute leur vie.

À l’inverse, des espèces côtières comme la petite roussette ou la raie douce pondent régulièrement des œufs, ce qui permet un renouvellement plus fréquent des populations, à condition que les juvéniles puissent atteindre l’âge adulte.

Ces différences expliquent pourquoi une même pression de pêche peut être soutenable pour certaines espèces et catastrophique pour d’autres.


Pourquoi la précision est indispensable

Parler des “requins” ou des “raies” de manière globale entretient des confusions. Une espèce abondante et bien suivie localement peut être assimilée, à tort, à une espèce en danger critique ailleurs dans le monde. À l’inverse, certaines espèces très vulnérables pourraient être insuffisamment protégées si ces distinctions ne sont pas faites.

C’est pour cette raison que la gestion durable repose sur :

  • l’identification précise des espèces,
  • la connaissance de leur biologie,
  • et l’adaptation des règles à chaque situation.
À retenir

  • Raies et requins regroupent plus de 1 100 espèces aux caractéristiques très différentes.
  • Les espèces pélagiques de grande taille sont généralement les plus vulnérables.
  • En Manche, les espèces présentes sont majoritairement côtières et benthiques.
  • Taille, maturité sexuelle et reproduction conditionnent la capacité de renouvellement.
  • Sans précision sur les espèces, il est impossible de gérer efficacement.