Le 10/03/2026 - Raies et requins en Manche : des réalités locales

Panorama des principales espèces pêchées en Normandie

En Manche, la pêche des raies et des requins repose sur un nombre limité d’espèces, bien identifiées, majoritairement côtières et étroitement liées aux fonds marins. Ce panorama permet de comprendre quelles espèces sont concernées, quelles sont leurs caractéristiques biologiques, et pourquoi leurs situations diffèrent.

Loin d’un ensemble homogène, ces espèces présentent des dynamiques très contrastées, qui expliquent les choix de gestion mis en place en Normandie.

Des requins côtiers majoritaires dans les captures

Contrairement aux idées reçues, les requins pêchés en Normandie ne sont pas de grands requins océaniques. Il s’agit presque exclusivement de requins de fond, de taille modérée, vivant à proximité des côtes.

La petite roussette (Scyliorhinus canicula) est l’espèce la plus connue. Elle mesure généralement 50 à 70 cm, atteint sa maturité sexuelle vers 5 à 6 ans et pond régulièrement des œufs. En 2024, elle représente environ un tiers des captures normandes de requins, soit plus de 1 300 tonnes. Sa biologie relativement résiliente, combinée à des tailles minimales de capture, permet aujourd’hui une exploitation encadrée.

Autre espèce majeure : l’émissole tachetée (Mustelus asterias). Plus grande, pouvant dépasser 1,3 mètre, elle atteint sa maturité plus tôt, parfois dès 2 à 6 ans. Espèce emblématique de la Manche, elle représente plus de la moitié des captures normandes de requins, avec plus de 2 000 tonnes débarquées en 2024. Son importance économique est centrale pour la filière régionale.

La grande roussette (Scyliorhinus stellaris), plus discrète mais bien présente, complète ce groupe, avec des captures plus modestes mais régulières.


L’aiguillat commun : un exemple de gestion évolutive

L’aiguillat commun (Squalus acanthias) illustre parfaitement le lien entre biologie, pression de pêche et décisions de gestion. Cette espèce à croissance lente — la maturité sexuelle intervient vers 12 à 15 ans — a fait l’objet d’une interdiction totale de pêche entre 2010 et 2022, en raison de l’état dégradé du stock.

Le suivi scientifique a montré une amélioration progressive, conduisant à une réouverture encadrée de la pêche depuis 2023. En Normandie, les captures restent limitées (environ 35 tonnes en 2024, soit 1 % des captures de requins), illustrant une approche prudente et progressive.


Les raies : une diversité d’espèces et de situations

La pêche des raies en Manche repose également sur plusieurs espèces aux profils biologiques différents.

La raie bouclée (Raja clavata) est de loin l’espèce dominante. Elle mesure généralement entre 40 cm et 1 mètre, atteint sa maturité sexuelle vers 8 à 10 ans et vit une quinzaine d’années. En 2024, elle représente environ 75 % des captures normandes de raies, avec près de 1 700 tonnes débarquées. Cette importance explique l’attention particulière portée à sa gestion, avec des quotas, des tailles minimales et un suivi scientifique renforcé.

D’autres espèces complètent ce panorama :

  • la raie brunette (Raja undulata), qui a connu une fermeture totale de pêche entre 2009 et 2016, avant une réouverture très encadrée ;
  • la raie douce (Raja montagui), plus petite et à maturité plus précoce ;
  • la raie lisse (Raja brachyura), de grande taille mais moins abondante ;
  • la raie fleurie (Leucoraja naevus), aux captures très faibles mais régulières.

Ces espèces partagent un mode de vie benthique, mais présentent des capacités de renouvellement différentes, ce qui justifie des niveaux de gestion adaptés.


Une pêche encadrée et différenciée

Toutes les espèces pêchées en Normandie sont soumises à des règles strictes : tailles minimales de capture, quotas, parfois spécifiques, parfois combinés pour plusieurs espèces, et recommandations professionnelles complémentaires.

Certaines espèces autorisées par la réglementation européenne font également l’objet de recommandations de non-pêche lorsqu’elles sont jugées sensibles ou insuffisamment connues. Cette approche différenciée permet d’ajuster l’effort de pêche sans remettre en cause l’équilibre global de la filière.


Une base essentielle pour comprendre la suite

Ce panorama montre que la pêche normande des raies et requins repose sur un socle d’espèces bien identifiées, dont la majorité présente aujourd’hui des dynamiques compatibles avec une exploitation encadrée. Il met aussi en lumière les différences de trajectoire entre espèces, liées à leur biologie et à leur histoire de gestion.

Ces éléments constituent la base indispensable pour comprendre pourquoi certaines espèces se portent aujourd’hui bien en Manche, tandis que d’autres restent sous surveillance ou strictement protégées.

À retenir

  • Les requins pêchés en Normandie sont majoritairement des espèces côtières de fond.
  • La petite roussette et l’émissole tachetée dominent largement les captures.
  • L’aiguillat commun illustre l’efficacité d’une gestion fondée sur la science.
  • Les raies présentent des situations contrastées selon les espèces.
  • La gestion repose sur une approche différenciée et évolutive.