Le 10/03/2026 - Les engagements des pêcheurs normands

Pêcher sans cibler : comment les raies et requins sont capturés en Normandie

Sur un bateau de pêche normand, les raies et les requins ne sont presque jamais l’objectif principal de la marée. Ils font partie de ces espèces dites accessoires, qui remontent dans les filets au fil des saisons, en fonction des zones, des fonds et des conditions de pêche. Une réalité souvent méconnue du grand public, mais essentielle pour comprendre comment ces espèces sont capturées, gérées et valorisées en Manche.

Pour Wilfried Roberge, patron du chalutier Le Vauban et président de l’Organisation des Pêcheurs Normands (OPN), cette réalité mérite d’être expliquée simplement :« On ne part pas en mer pour pêcher du requin ou de la raie. On pêche un ensemble d’espèces, dans un écosystème. Ce qui compte, c’est la manière dont on encadre ces captures. »


Des captures liées au milieu et aux saisons

En Manche, les raies et les requins pêchés sont majoritairement des espèces côtières et benthiques, vivant à proximité des fonds marins. Ils sont capturés principalement au chalut de fond, mais aussi au filet ou à la palangre, selon les flottilles et les zones.

Leur présence dans les captures varie fortement selon les saisons. L’été, lorsque certaines espèces de poissons sont moins abondantes, les raies et requins peuvent représenter une part importante des débarques, notamment pour les chalutiers. En hiver, leur proportion diminue souvent au profit d’autres espèces.

Cette variabilité est bien connue des pêcheurs. Elle impose une gestion souple mais rigoureuse, capable de s’adapter aux réalités du terrain sans perdre de vue les objectifs de durabilité.


Une pêche non ciblée, mais encadrée

Contrairement à certaines idées reçues, la pêche des raies et requins en Normandie n’est pas une pêche spécialisée. Les captures résultent d’une activité polyvalente, intégrée à un ensemble plus large d’espèces exploitées au cours d’une même marée.

Cette absence de ciblage rend l’encadrement d’autant plus important. C’est là qu’interviennent les règles de gestion mises en place au niveau européen et renforcées localement par l’OPN : plafonds de captures, quotas pour certaines espèces, recommandations de non-pêche pour les espèces sensibles, ou encore poids minimum de mise en marché.

Wilfried Roberge le résume ainsi : « La question n’est pas seulement ce qu’on pêche, mais combien, quand et comment ? Les règles sont là pour éviter les excès et lisser l’effort de pêche dans le temps. »


Des choix volontaires pour aller plus loin

En Normandie, les pêcheurs membres de l’OPN ont fait le choix d’aller au-delà de la réglementation nationale pour certaines espèces de raies et de requins. Un exemple emblématique concerne les raies, pour lesquelles un poids minimum de 1 kg a été instauré pour la commercialisation, afin de limiter la capture de juvéniles.

Par ailleurs, certaines espèces autorisées par la réglementation européenne font l’objet de recommandations de non-pêche lorsqu’elles sont jugées trop sensibles ou insuffisamment connues. En cas de capture accidentelle, les individus sont remis à l’eau dès que leur survie est possible.

Ces décisions reposent sur les données scientifiques disponibles, mais aussi sur l’expérience de terrain des pêcheurs, qui observent au quotidien l’évolution des populations et des habitats.


Du bateau à la criée : un travail collectif

Une fois à terre, les raies et requins capturés sont débarqués entiers en criée. Ils alimentent ensuite une activité de mareyage importante, notamment pour la transformation en ailes de raie ou en saumonette. Cette chaîne de valorisation repose sur un point clé : l’identification précise des espèces.

Pendant longtemps, des confusions ont existé entre certaines raies ou requins, compliquant le suivi scientifique et la gestion des stocks. Un important travail a donc été engagé en Normandie pour améliorer l’identification, former les agents de criée et harmoniser les dénominations.

« Bien identifier les espèces, c’est la base. Sans ça, on ne peut ni suivre les stocks correctement, ni expliquer aux consommateurs ce qu’ils achètent », insiste Wilfried Roberge.


Une pêche ancrée dans la durée

Pour les pêcheurs normands, la question de la durabilité n’est pas abstraite. Elle conditionne directement la pérennité de leur métier, de leurs entreprises et de l’ensemble de la filière locale. Les raies et requins représentent une part non négligeable de l’activité, en particulier dans certaines périodes de l’année.

C’est pourquoi les efforts engagés portent autant sur la gestion des captures que sur la traçabilité, la transparence et l’amélioration continue des connaissances scientifiques. L’objectif n’est pas de maximiser les volumes à court terme, mais de préserver un équilibre durable entre exploitation et renouvellement des ressources.

À retenir

  • En Normandie, les raies et requins ne font pas l’objet d’une pêche ciblée.
  • Leurs captures varient selon les saisons, les zones et les techniques de pêche.
  • Des règles strictes encadrent les volumes et les conditions de capture.
  • Les pêcheurs normands vont au-delà de la réglementation pour certaines espèces sensibles.
  • La durabilité repose sur un travail collectif, du bateau au consommateur