Quotas, règles volontaires et bonnes pratiques : comment les pêcheurs normands vont plus loin
La gestion des raies et requins en Manche ne repose pas uniquement sur des décisions prises “d’en haut”. En Normandie, elle s’appuie aussi sur des choix collectifs, portés par les pêcheurs eux-mêmes, pour adapter les règles aux réalités du terrain et renforcer la durabilité des pratiques.
Pour Manuel Evrard, directeur de l’Organisation des Pêcheurs Normands (OPN), l’enjeu est clair :
« La gestion n’est efficace que si elle est comprise, acceptée et applicable. Notre rôle est de faire le lien entre les règles, les données scientifiques et le quotidien des pêcheurs. »
Des quotas européens à l’échelle locale
Au niveau européen, la pêche des raies et requins est encadrée via un socle réglementaire commun, indispensable pour préserver les ressources.
Aller au-delà des obligations réglementaires
Au fil des années, les pêcheurs normands et l’OPN ont fait le choix d’aller au-delà des obligations réglementaires, lorsque les connaissances ou les signaux observés appelaient à la prudence.
Un exemple emblématique concerne les raies, pour lesquelles un poids minimum de 1 kg pour la commercialisation a été instauré par la profession. Cette règle volontaire vise à limiter la capture et la mise en marché de juvéniles, alors que la réglementation européenne ne l’impose pas explicitement.
D’autres mesures prennent la forme de recommandations de non-pêche, appliquées à certaines espèces autorisées à la pêche, mais jugées sensibles ou insuffisamment connues.
« Une recommandation n’est pas une interdiction, mais elle oriente fortement les pratiques. C’est souvent plus efficace qu’une règle subie », souligne Manuel Evrard.
Identification et traçabilité : des leviers majeurs de gestion
La gestion des raies et requins repose aussi sur un travail moins visible, mais essentiel : l’identification précise des espèces et la traçabilité.
Pendant longtemps, des confusions entre espèces ont compliqué le suivi des captures et la gestion. En Normandie, un important travail a été mené pour harmoniser les dénominations, former les marins et agents de criée et améliorer la qualité des déclarations.
Dans ce domaine, Normandie Fraîcheur Mer (NFM) joue un rôle central d’appui technique et d’accompagnement des filières : élaboration de grilles d’identification des espèces, amélioration des outils de traçabilité, fiabilisation des données, appui aux acteurs de la mise en marché.
« Sans identification fiable, il n’y a pas de bonne gestion possible. C’est un prérequis, pas un détail », rappelle Manuel Evrard.
Ce travail collectif permet aujourd’hui :
- de mieux suivre l’évolution des stocks,
- et de renforcer la crédibilité de la filière vis-à-vis des scientifiques et des consommateurs.
Une responsabilité collective
La gestion des raies et requins en Normandie repose sur une responsabilité partagée. Elle mobilise les pêcheurs, les organisations professionnelles, les scientifiques, les gestionnaires et les acteurs de la filière.
Les règles peuvent évoluer, être renforcées ou ajustées, en fonction de l’état des connaissances et des situations de stock
« L’objectif n’est pas de pêcher plus, mais de pêcher mieux, au bon moment et dans de bonnes conditions », résume Manuel Evrard.
Une responsabilité partagée
La gestion des raies et requins en Normandie ne repose pas sur un acteur unique. Elle mobilise :
- les pêcheurs,
- les organisations professionnelles,
- les scientifiques,
- les gestionnaires,
- et les acteurs de la filière, comme NFM.
Chacun joue un rôle complémentaire dans un système où la durabilité dépend autant des règles que de leur appropriation sur le terrain.
À retenir
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