Le 10/03/2026 - Les engagements des pêcheurs normands

Identifier pour mieux protéger : un travail de fond sur la traçabilité

Pour les raies et les requins, la gestion durable commence bien avant les décisions de quotas ou de protection. Elle repose d’abord sur une condition essentielle : savoir précisément quelles espèces sont capturées. Or, pendant longtemps, l’identification de ces espèces a été source de confusions, en mer comme à terre, avec des conséquences bien réelles sur le suivi des stocks et l’application des règles.

En Normandie, un important travail a été engagé pour fiabiliser cette identification et structurer la traçabilité, au plus près des pratiques professionnelles.


Des confusions historiques aux enjeux scientifiques et commerciaux

Les raies et les requins regroupent de nombreuses espèces proches morphologiquement. Historiquement, certaines ont été désignées sous des noms locaux ou génériques, variables selon les ports et les usages.

Ainsi, la raie brunette a longtemps été appelée « raie fleurie », alors qu’une espèce distincte porte officiellement ce nom. De même, l’appellation « raie blanche » a pu désigner indifféremment des raies lisses ou des raies douces, pourtant différentes du point de vue biologique.

Ces pratiques, compréhensibles dans un contexte ancien, ont eu des conséquences bien réelles : données de capture imprécises, difficultés pour les scientifiques à évaluer l’état des stocks, et risques de non-conformité lors de la mise en marché ou de l’étiquetage.

L’identification fiable des espèces répond donc à un double enjeu, scientifique et commercial, faisant de la traçabilité un outil de sécurisation collective pour la gestion des ressources comme pour la filière.


À bord des navires : premier maillon de la traçabilité

La traçabilité commence dès le bateau. Les pêcheurs doivent distinguer les espèces capturées et estimer les volumes pour chacune afin de renseigner leurs déclarations de pêche (logbook ou fiches de pêche). Cela implique un tri des espèces à bord, même si celui-ci peut ensuite être vérifié ou affiné à terre.

Pour accompagner ce travail, des outils ont été développés et diffusés en Normandie. Des grilles d’identification des raies et requins et un recueil des règles de mise en marché ont été diffusées aussi bien aux pêcheurs qu’aux agents de criée. Ils servent de référentiels communs pour limiter les erreurs et harmoniser les pratiques.


Une journée en criée : le quotidien invisible de la gestion

Après le débarquement, les criées jouent un rôle central. Les raies et requins y sont débarqués entiers, ce qui facilite leur identification. Les agents de criée identifient les espèces, vérifient leur conformité aux règles de commercialisation, enregistrent les données et assurent la traçabilité des lots avant leur mise en vente.

Ce travail, rarement visible du public, repose sur des gestes précis : observer la forme du museau, la disposition des taches, la texture de la peau ou la présence d’épines. Ces détails permettent de distinguer des espèces proches, mais aux statuts parfois différents.

La traçabilité se poursuit ensuite chez les mareyeurs, puis jusqu’à l’étiquetage final. Criée, mareyage, étiquetage constituent ainsi un continuum essentiel pour la gestion durable.


Le rôle central de NFM : structurer, former, fiabiliser

En Normandie, Normandie Fraîcheur Mer (NFM) joue un rôle clé d’appui technique dans ce travail de fond. Son action est concrète et opérationnelle et comprend notamment :

  • la conception et la diffusion de grilles d’identification adaptées aux espèces de Manche,
  • la mise à disposition de recueils des normes de commercialisation,
  • le suivi régulier des criées (audits, conseils, accompagnement),
  • et l’harmonisation des enregistrements, avec le passage progressif des dénominations locales aux codes FAO, aujourd’hui utilisés pour fiabiliser les déclarations d’espèces.

Former, contrôler, améliorer en continu

L’identification fiable repose aussi sur la formation. NFM intervient en appui auprès des pêcheurs, des agents de criée et des acteurs de la filière pour renforcer les compétences, actualiser les connaissances et sécuriser les contrôles.

Ce travail dans la durée permet de :

  • Réduire les erreurs d’identification,
  • Sécuriser les contrôles,
  • Et renforcer la cohérence des pratiques sur l’ensemble du territoire normand.

Une traçabilité collective, au service de la durabilité

La traçabilité des raies et requins repose sur un travail collectif, du bateau à la criée, puis tout au long de la filière. Chaque maillon — pêcheurs, criées, NFM, mareyeurs — contribue à la fiabilité de l’ensemble.

Ce travail discret mais essentiel constitue aujourd’hui l’un des piliers de la gestion durable des raies et requins en Manche.

 

À retenir

  • Les raies et requins ont longtemps fait l’objet de confusions d’identification.
  • Ces confusions ont eu des impacts scientifiques et commerciaux.
  • La traçabilité se joue au quotidien, dès le bateau et se poursuit tout au long de la filière.
  • Les outils d’identification NFM s’adressent à l’ensemble des acteurs.
  • Identifier correctement, c’est mieux gérer… et mieux protéger.